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Neurodispositifs : réduire la subjectivité à l'électrochimie

Les neurodispositifs actuels promettent d'optimiser l'esprit. Le risque : réduire la subjectivité humaine à un flux électrochimique.

Por Brian Sotos · 17 oct. 2026 · 13 min

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Il existe déjà des neurodispositifs capables de lire en temps réel les flux électriques (et sanguins) du cerveau. Ils sont actuellement testés pour servir au diagnostic et au traitement des troubles mentaux, mais aussi pour optimiser les processus cognitifs.

Certains traitements en santé mentale consisteront même à intervenir sur le flux électrochimique du cerveau par modulation électrique. Le psychisme peut-il se réduire à un schéma électrochimique cérébral ?

Le cas Motif Neurotech

En avril dernier, la Food and Drug Administration américaine (FDA) a donné son feu vert à l'entreprise Motif Neurotech pour tester cliniquement sa puce sur un groupe de patients souffrant de dépression résistante aux psychotropes. L'implant est posé lors d'une opération d'une vingtaine de minutes sur la face interne de l'os crânien, au-dessus du cortex préfrontal. Le dispositif doit envoyer des impulsions électriques à cette zone du cerveau qui, selon les données cliniques avancées, est peu active chez les personnes atteintes de dépression sévère. L'étude s'appelle RESONATE et suivra pendant douze mois des patients ayant déjà essayé sans succès deux traitements médicamenteux ou plus.

Flyer publicitaire de Motif Neurotech.

L'autorisation accordée par la FDA à cette entreprise n'a rien d'un hasard. Motif fait partie des sociétés sélectionnées par l'ARPA-H (l'Agence des projets de recherche avancée pour la santé des États-Unis) pour son initiative EVIDENT, un programme lancé par Trump qui consacre quelque 139 millions de dollars à la recherche sur le traitement des maladies mentales. Comme l'a expliqué la directrice de l'ARPA-H, l'idée est d'arrêter d'aborder la santé mentale de manière « subjective » et non mesurable, pour laisser place à des traitements individualisés fondés sur les données de mesures bio-cognitives.

L'idée est d'arrêter d'aborder la santé mentale de manière « subjective » et non mesurable, pour laisser place à des traitements individualisés fondés sur les données de mesures bio-cognitives.

Ça paraît incroyable à plus d'un titre. Soigner une souffrance psychique en modulant le flux électrochimique du cerveau, on se croirait dans un roman. Mais on sait bien que la science-fiction fournit aujourd'hui une bonne partie de l'imaginaire qui alimente la recherche en laboratoire.

Petite parenthèse : l'ARPA-H est l'une des héritières de la célèbre ARPA, l'agence de défense militaire américaine qui a créé ARPANET en 1969, le premier réseau d'ordinateurs à distance, ancêtre d'Internet. Avec de tels antécédents, on dirait que l'affaire est sérieuse.

Mais avant de creuser cette neurotechnologie (et d'autres), et leur façon bien particulière de concevoir le psychisme, faisons un petit retour en arrière.

Du psychisme comme circuit électrique

En 1780, un médecin et scientifique italien nommé Luigi Galvani menait des expériences de stimulation des nerfs et des muscles de grenouilles à l'aide de machines électrostatiques. Au cours de l'une d'elles, il remarqua que les muscles des grenouilles se contractaient au contact du scalpel, sans que le corps soit relié à son appareil électrique. Il découvrit ainsi qu'il y avait de l'électricité dans les êtres vivants : la bioélectricité fut le jalon fondateur de la neurophysiologie moderne.

Quelques années plus tard, en 1924, le neurologue allemand Hans Berger réalisa le premier enregistrement des oscillations rythmiques du cerveau sur un jeune patient de 17 ans, dans le cadre de ses travaux sur la corrélation entre activité cérébrale et phénomènes psychologiques. Dans sa quête extravagante des bases scientifiques de la télépathie (oui, ça mériterait un chapitre à part), il découvrit l'électroencéphalogramme (EEG), qui le rendit mondialement célèbre, en enregistrant pour la première fois l'activité électrique du cerveau humain.

À ces antécédents on peut en ajouter bien d'autres, comme les travaux du neuroscientifique américain Eberhard Fetz qui, à partir d'expériences sur des singes, affirma que l'activité neuronale pouvait être modulée par différents types de conditionnement. Ce qui ouvrit la voie à l'idée d'une manipulation volontaire des schémas d'activité neuronale.

Donc :

S'il existe de l'électricité dans le vivant,
s'il y a dans le cerveau de l'électricité liée à des phénomènes psychologiques,
et s'il est possible de moduler (par conditionnement ou par stimulation électrique directe) l'activité neuronale ;
Alors, modifier l'activité électrochimique du cerveau peut-il constituer un traitement en santé mentale ?

Bon, la question n'a rien de neuf. Il faut remonter au moins cent ans en arrière : faute d'antipsychotiques (inventés dans les années cinquante), on administrait assez couramment des électrochocs aux patients schizophrènes ou dépressifs (à faible ampérage et environ 100 V).

Si la pratique a reculé à cause de son côté grotesque (il suffit de revoir Jack Nicholson dans Vol au-dessus d'un nid de coucou), elle est toujours utilisée chez les patients résistants aux médicaments, sous le nom d'électroconvulsivothérapie. En moins spectaculaire, et sous anesthésie au bloc opératoire.

Bien des années plus tard, l'idée de l'intervention électrique comme moyen de soigner le psychisme revient en force grâce aux neurodispositifs, et s'étend à une gamme bien plus large de souffrances contemporaines.

À propos des neurodispositifs

En gros, les neurodispositifs se divisent en deux catégories : invasifs et non invasifs. La différence, c'est que les premiers nécessitent une intervention chirurgicale. Prenons deux des entreprises les plus en vue de chaque catégorie pour les analyser et voir quels acteurs se cachent derrière ces technologies.

D'un côté, il y a Neuralink, sans doute la plus connue du monde des neurodispositifs, surtout grâce à son PDG et fondateur, Elon Musk. De l'autre, il y a Kernel, dont le PDG est tout aussi célèbre et controversé : le coach de l'immortalité, Brian Johnson.

Neuralink développe des implants neuronaux posés par une intervention chirurgicale intracrânienne, au moyen d'un robot qui insère dans le cortex, à l'aide d'une fine aiguille, 64 fils (portant 1 024 électrodes). C'est pourquoi on le considère comme le plus invasif de tous les dispositifs. Cette connexion crée une interface cerveau-ordinateur (BCI, selon le sigle anglais), dont l'une des principales fonctions actuelles est de permettre de contrôler à distance des appareils numériques de façon quasi télépathique, d'où le nom de l'implant : Telepathy (sacrée intuition, ce Hans Berger, non ?).

Elon Musk avec le robot R1 de Neuralink, conçu pour implanter ses dispositifs d'interface cerveau-ordinateur.

En janvier 2024, le premier volontaire a été opéré : Noland Arbaugh, devenu tétraplégique en 2016 en nageant dans un lac. À ce jour, environ 25 personnes ont déjà été implantées. L'implant de Neuralink repose sur des microélectrodes intracorticales placées directement sur le tissu cérébral, capables d'enregistrer l'activité neuronale à l'échelle cellulaire avec une haute résolution. On peut ainsi observer de beaucoup plus près (100 microns) des neurones individuels ou des groupes de neurones et leurs échanges, ce qui permet à la fois de décoder des signaux et de stimuler électriquement leur potentiel d'action. Ainsi, en déduisant le fonctionnement global de la psyché à partir de la lecture des multiples électrodes posées sur le cortex, on pourrait lire et intervenir à l'échelle synaptique.

DJ Seo, l'un des cocréateurs de Neuralink, a soutenu (dans un podcast de 8 heures consacré à l'entreprise) qu'il serait possible d'« écrire » dans le cerveau par ultrasons, ce qui pourrait se traduire par des avancées dans de nombreux domaines, dont la santé mentale : Neuralink va même plus loin que Motif Neurotech en affirmant que ces technologies permettraient de traiter non seulement la dépression, mais aussi le trouble obsessionnel compulsif, l'anxiété et d'autres souffrances psy.

Même la lenteur, la léthargie, feraient partie des maladies à traiter. C'est ce qu'ont avancé Musk et Seo dans ce podcast, en expliquant qu'il faut accélérer le rythme de communication entre l'humain et la machine. Selon eux, l'implant permettrait de court-circuiter le circuit moteur, qui part du cerveau vers les muscles puis vers l'action. La séquence motrice deviendrait alors cerveau-dispositif, sans passer par la musculature, avec un accès quasi instantané à tout ce qui est relié à l'Internet des objets. Le tout piloté par la pensée.

Dans l'autre coin du ring, il y a Kernel. L'entreprise de Bryan Johnson compte deux neurodispositifs phares : Kernel Flux, un casque portable de magnétoencéphalographie (MEG) équipé de capteurs ultrasensibles (OPM), capables de détecter en temps réel les variations des champs magnétiques de l'activité cérébrale, et Kernel Flow, étudié pour sa capacité à émettre des photons au moyen d'une lumière infrarouge, ce qui permet de mesurer le flux sanguin afin de déterminer la concentration relative d'hémoglobine dans le cerveau.

L'entreprise affirme qu'en analysant les schémas d'activité électrochimique du cerveau, on pourrait déterminer la manière de traiter chaque pathologie. Par exemple, elle a utilisé le casque Flux pour étudier les biomarqueurs de la dépression et calculé quel traitement serait optimal en se fondant exclusivement sur le suivi des variations bioélectriques du cerveau.

Les deux entreprises partagent une conception mesurable de la maladie et du traitement en santé mentale, à ceci près que Neuralink mise sur une intervention directe sur le cerveau, tandis que Kernel s'oriente vers la mesure et la surveillance constante. Si ces entreprises sont devenues si visibles, c'est grâce à leurs PDG, les showmen technoféodaux Elon Musk et Bryan Johnson. Tous deux partagent une vision de l'être humain comme un système à optimiser par des interventions sur la psyché comme sur le corps lui-même.

Tous deux partagent une vision de l'être humain comme un système à optimiser par des interventions sur la psyché comme sur le corps lui-même

Bryan Johnson, en particulier, pousse cette paramétrisation/optimisation de soi à l'extrême : dans son objectif de ne pas mourir (Don’t die est le mouvement qu'il a fondé), il se soumet à de multiples examens et interventions, des transfusions régulières de plasma avec son fils jusqu'au comptage de ses érections nocturnes. Il mesure aussi ses paramètres neurocognitifs avec les casques Flux et Flow pour savoir quoi faire à chaque instant : quel est le meilleur moment pour manger, dormir, étudier, etc.

La course à la longévité de Johnson contre le vieil Italien qui, lui, croque la vie à pleines dents.

Outre Motif Neurotech, Neuralink et Kernel, d'autres neurotechnologies vont dans le même sens. J'en détaille seulement deux de plus, qui tombent à pic.

Emotiv

Contrairement aux autres entreprises, Emotiv commercialise déjà plusieurs de ses dispositifs auprès du grand public. Son modèle le moins cher, ce sont des écouteurs dotés d'un électroencéphalogramme (EEG) à deux canaux, qui permettent de lire les ondes cérébrales. Le but de ces écouteurs serait de traiter toute la data que crachent les capteurs EEG pour que l'IA maison de l'entreprise (fournie dans le starter pack de l'appareil) te donne des tips pour booster ta créativité, soulager ton anxiété, améliorer ta mémoire, gérer ta concentration, ton stress, etc. L'idée serait de pouvoir (auto)contrôler son esprit pour optimiser sa cognition, voire traiter ces déséquilibres qui engendrent des souffrances.

Synchron

Son dispositif Stentrode est invasif, mais moins que celui de Musk. Il s'insère par le système vasculaire du patient et permet de contrôler des appareils numériques par la pensée, un peu comme Telepathy. Détail qui n'en est pas un : l'entreprise, en collaboration avec Nvidia et Apple (encore une fois, ça ne rigole pas), développe ce qu'elle a baptisé une IA cognitive, une nouvelle génération d'intelligence artificielle entraînée directement sur l'activité neuronale de tous les utilisateurs du dispositif, afin de générer un modèle moyen du cerveau et d'affiner les réponses futures. Pour l'instant, l'implant s'adresse à des patients tétraplégiques ou atteints de sclérose latérale amyotrophique, pour qu'ils puissent piloter par la pensée les appareils de leur maison et de leur environnement. En outre, l'IA cognitive promet de détecter des schémas neuronaux liés aux maladies psychiques et d'appliquer des micro-stimulations électriques pour équilibrer le cerveau, puisque ses électrodes sont bidirectionnelles (elles ne se contentent pas de lire les flux neuronaux, elles peuvent aussi fonctionner comme un petit pacemaker cérébral).

On ne comprend rien au menu, mais la sauce coule à flots

Du gouvernement américain via l'ARPA (les Chinois aussi, mais développer ce point demanderait quelque 3000 mots de plus) jusqu'aux grands technoféodaux comme Musk et Johnson, tout montre que le potentiel de progrès de ce domaine reste totalement inconnu.

Les promesses annoncées paraissent incroyables et font rêver quiconque souffre d'une dépression grave ou de maladies neurodégénératives sévères (pourquoi le nier). Pour une personne tétraplégique, piloter des appareils par la pensée, ça change une vie. Même pour les personnes (et surtout pour leurs familles) atteintes d'une dépression résistante aux psychotropes, ces traitements apparaissent comme une issue porteuse d'espoir. Mais tout en le reconnaissant, il faut rester très vigilant face au paradigme du psychisme que portent ces technologies et les acteurs qui les créent.

Concevoir la maladie mentale comme un certain flux électrochimique du cerveau résonne parfaitement avec l'époque : la souffrance est purement individuelle, hors contexte, et logée dans une zone précise du cerveau. La souffrance psychique s'aligne aussi sur la métaphore cognitiviste : le cerveau est l'ordinateur qui traite tout, et si l'individu a un problème de santé mentale, c'est avant tout parce que son système a un bug.

Anxiété, dépression, trouble obsessionnel compulsif : voilà quelques-unes des pathologies conceptualisées comme des altérations du flux électrochimique du cerveau. Dès lors, moduler ces flux par des conditionnements comportementaux, voire par des interventions électriques, deviendra une forme de traitement psy.

Et ces neuro-appareils ne serviront pas seulement à traiter des souffrances diagnostiquées en bonne et due forme : ils peuvent aussi être utilisés pour optimiser le psychisme. C'est dans cette direction que va, par exemple, la déjà citée Emotiv, qui offre la tentante possibilité de moduler tes états mentaux en temps réel. Ce ne serait pas seulement la pathologie mentale qui pourrait être traitée par des neurodispositifs : dans la société de la performance dont parlait déjà le Coréen Han, le besoin d'optimisation traverse tout le monde.

Ce ne serait pas seulement la pathologie mentale qui pourrait être traitée par des neurodispositifs : dans la société de la performance, le besoin d'optimisation traverse tout le monde.

Dans le paysage contemporain obsédé par la santé, n'importe quelle librairie expose sur ses tables principales différentes versions d'un même livre qui proclame « comment optimiser ton cerveau ». Sur n'importe quel réseau social, à un moment ou à un autre, quelqu'un va te dire quoi manger, quels exercices faire, quel complément prendre, comment ne pas être anxieux, comment gérer ta colère, etc., etc., etc. Instagram est devenu une vitrine de tips : dis-moi ce que je dois faire pour « x » chose. N'est-ce pas aussi ce que nous offre n'importe quel chatbot quand on l'interroge sur la santé mentale ? Claude, ChatGPT nous traitent bien, ils sont complaisants. Et ils nous donnent les tant attendus tips pour savoir quoi faire ou comment optimiser le travail, le temps, le stress, et même comment accélérer le deuil. Les tips encouragent chacun à se gérer soi-même. D'où la fièvre du coaching et le besoin de conseils pour être en meilleure santé. Comme le dit Boris Groys dans Philosophie du soin, nous cherchons à être toujours plus sains, mais nous sommes toujours plus malades. Du coup, aucun tip ne suffit, mon vieux.

Dans cet essor cérébraliste de la santé mentale, plus besoin de creuser en profondeur, comme peut le proposer la psychanalyse, puisque la machine sait déjà (calcule) ce qui est le mieux pour soi. À quoi bon approfondir ? À quoi bon (me) construire dans un récit sans fin, à réfléchir ; à quoi bon explorer la psyché.

L'inconscient freudien, fait de fantasmes et de désirs, semble se réinventer sous ces technologies en ce que Byung-Chul Han a appelé l'inconscient numérique : ce qui orienterait le traitement serait déterminé par l'ensemble des biodonnées que le sujet ignore sur lui-même (et que livrent les capteurs). Les prescriptions seront une série de consignes didactiques à suivre par le patient. De bons tips. Ou, comme on l'a vu, une bonne micro-stimulation électrique.

Les formes actuelles de traitement du psychique tendent de plus en plus vers l'optimisation de la performance et la modulation de paramètres cognitifs selon des standards jugés idéaux. Cela rejoint ce que Deleuze avançait déjà dans le Post-scriptum sur les sociétés de contrôle, sauf que ça descend désormais jusqu'au flux neuro-électrique.

Alors, le psychisme se résume-t-il au circuit électrique du cerveau ?

La tendance à réduire le vivant à une tokenisation de paramètres individuels à gérer laisse de côté toutes les autres variables qui constituent la subjectivité. La donnée prétend annuler le récit, comme si elle n'était pas un récit de plus.

Même si ces technologies peuvent proposer de soulager, de prévenir ou de guérir des maladies jusqu'ici irréversibles (pour l'instant, ce sont surtout des promesses), il est nécessaire de promouvoir un exercice de souveraineté cognitive afin de penser, depuis le sud du continent, des manières de concevoir le psychique qui ne tombent pas dans les réductionnismes imposés par le Nord à travers les technoféodaux et le gouvernement américain lui-même.

L'Argentine est un territoire qui a historiquement refusé de penser que nous ne sommes qu'un cerveau, de réduire le sujet à une série de variables électrochimiques. La preuve, entre autres : le record de psychanalystes que nous affichons. Non que la psychanalyse soit le modèle idéal face aux autres, mais parce qu'à ses débuts, le mouvement fondé par Freud est parti d'une critique du réductionnisme positiviste de son époque. Le discours de celui qui consulte contient, dans ses nerfs, bien plus d'informations sur son propre avenir que n'importe quel tip que nous pourrions lui donner. Mais ça va au-delà de la psychanalyse.

Le discours de celui qui consulte contient, dans ses nerfs, bien plus d'informations sur son propre avenir que n'importe quel tip que nous pourrions lui donner.

Il faut aussi rendre visible tout ce qui constitue la subjectivité sans être localisé dans l'organe cérébral. Même en termes biologiques, le cerveau ne fonctionne pas seul et ne peut pas être pris isolément pour rendre compte de la santé mentale : une bonne partie de nos neurotransmetteurs est produite dans l'intestin. Le système endocrinien régule le stress et l'humeur par des voies qui ne passent pas par le cortex. La pensée, comme le soutiennent l'Argentin Benasayag et d'autres post-cognitivistes, est incarnée. Elle n'a pas son siège exclusif dans le cerveau : tout le corps participe à l'émergence du psychique.

Et, en même temps, ce corps est situé dans un écosystème dont l'être humain n'est qu'une partie parmi d'autres. De même qu'on ne peut ignorer la singularité de l'histoire de chaque sujet, on ne peut pas non plus occulter les conditions sociales, économiques, nutritionnelles et environnementales qui façonnent la santé mentale.

La résistance au cérébralisme technologique passera aussi par la possibilité de développer un champ propre, de sortir du monotechnologisme du Nord porté par la Silicon Valley. Produire une cosmotechnique du local, au sens où l'entendait le Chinois Yuk Hui, en promouvant des technologies qui tiennent compte du territoire où elles se déploient, et du fait que ce territoire n'est pas qu'un simple environnement, mais qu'il constitue la subjectivité.

Les bases de cette cosmotechnique du local sont déjà inscrites dans la Loi nationale : il ne faut pas oublier que la santé mentale est un « processus déterminé par des composantes historiques, socioéconomiques, culturelles, biologiques et psychologiques ».

Santé !

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