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PUMM 2026 : le festival des filles dans la tech

1 500 filles ont présenté leurs projets au PUMM 2026, un événement qui vise à favoriser l'inclusion des femmes dans le monde de la tech.

Por Juan von Zeschau et Julieta Saavedra Ríos · 20 oct. 2026 · 12 min

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Sur les écrans du Complejo Art Media est apparue Lali. Un message surprise, projeté dans la salle et aussi en streaming : « Je voulais vous demander si vous aviez déjà pensé qu'une de vos idées pouvait tout déchirer et changer le monde ». Quand elle a fini de parler, dans le public, la première réaction d'une des filles a été une autre question : « C'est de l'IA ? ».

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Ce doute en dit long sur celles qui étaient là. PUMM (Programando Un Mundo Mejor, « Programmer un monde meilleur ») est le festival gratuit qu'organise Chicas en Tecnología (CET) pour les adolescentes et les jeunes femmes de 13 à 23 ans. Et son public ne regarde pas la technologie de l'extérieur. Cette année, il a réuni plus de 1 500 filles, entre celles venues sur place et celles qui l'ont suivi en streaming depuis toute l'Amérique latine. Vingt-six écoles étaient présentes, avec leurs groupes d'élèves.

« Je voulais vous demander si vous aviez déjà pensé qu'une de vos idées pouvait tout déchirer et changer le monde ».

Noelia Vega, directrice Communauté et Communication de CET, le présente comme le plus grand festival de technologie d'Argentine destiné aux filles. « Ce que nous cherchons, c'est rapprocher la technologie des filles qui, encore aujourd'hui, n'ont aucun contact avec elle, et qu'elles voient dans le monde STEM (un acronyme anglais pour sciences, technologie, ingénierie et mathématiques) un avenir possible pour elles aussi », explique-t-elle. « Nous voulons susciter des vocations précoces dans les STEM ».

Leurs problèmes, leurs solutions

L'activité centrale a été le HackaPUMM, un marathon de développement qui a occupé toute la journée. Six équipes ont planché sur des problèmes concrets : l'accès aux prestations de santé, la présence de microplastiques dans les cosmétiques, les difficultés d'accès à l'information des personnes en situation de handicap, le lien communautaire avec les cantines solidaires. « Quand on travaille sur un problème à impact, il faut regarder comment ce phénomène s'articule avec les acteurs, leurs réalités et leurs environnements », a souligné Lucía Mauritzen, directrice exécutive de CET.

C'est EduZOO qui a gagné, un projet qui part d'un constat : selon l'organisation, en 2025, six enfants sur dix n'ont pas réussi les épreuves PISA de lecture et d'écriture. Cinq jeunes et leurs mentores ont donc développé une plateforme gratuite, accessible en ligne 24 heures sur 24, qui renforce l'apprentissage guidé grâce à des activités ludiques. « Quand un enfant apprend à lire, un pont se construit. Ce que nous voulons avec EduZOO, c'est que chaque enfant soit capable de traverser ce pont et d'apprendre, lettre après lettre, à le construire », a déclaré Mía, l'une des membres de l'équipe.

En parallèle, la foire aux projets a réuni neuf groupes d'élèves avec des réalisations pensées pour transformer leur environnement, que leurs autrices présentaient avec enthousiasme. L'un d'eux venait de l'Escuela Normal Superior N° 9 DE 1 « Domingo Faustino Sarmiento » : une bibliothèque inclusive. Il est porté par Emma, 16 ans, qui a suivi les cours de Chicas en Tecnología pendant la pandémie. Elle a acheté son premier kit d'électronique justement parce que ces cours l'ont encouragée à continuer dans la technologie.

La maquette de la bibliothèque.

Le point de départ a été une observation sur leurs camarades : beaucoup travaillent ou s'occupent de leurs frères et sœurs, et l'école passe au second plan. La bibliothèque qu'elles ont conçue comprend un espace calme avec des lumières spéciales et des jeux spécifiques pour gérer le stress, des ordinateurs, des casques antibruit, des tables rondes pour les personnes en fauteuil roulant, des poubelles de tri et un détecteur de monoxyde de carbone. Les poubelles ont fait débat : les profs leur disaient qu'on ne mange pas à la bibliothèque, mais les élèves savent bien que si. Le projet est géré par les élèves elles-mêmes. « Si ça prend de l'ampleur, je peux aider à sensibiliser », a dit Emma, avant de poser un diagnostic : « Les écoles ne sont pas prêtes à accueillir la diversité ».

Autre marque de cette édition : le nombre de projets consacrés à l'anxiété infantile. L'un d'eux, conçu par des élèves de l'EEM N° 3 DE 15, s'appelle Milo et fait partie du Sound Blue Project. C'est une peluche pensée pour l'école maternelle qui fonctionne comme un feu tricolore : quand il y a trop de bruit dans la classe, elle passe au rouge. Avant de présenter Milo aux enfants, on leur lit une histoire, illustrée à la main par ses créatrices. Le groupe réfléchit déjà à la suite : organiser des journées pour former d'autres écoles comme tuteurs STEAM.

Milo, la peluche feu tricolore de l'EEM N° 3 DE 15, qui mesure le bruit dans les classes de maternelle.

Un autre projet lié à l'anxiété, venu d'un centre de formation privé (ChalinTech), est un robot en peluche qui guide pas à pas pour retrouver son calme : mettre le casque, le caresser, inspirer quand il devient vert, expirer quand il devient bleu. À la fin, il sert même un verre d'eau.

Robot-peluche qui apaise son utilisateur grâce à un exercice de respiration.

Danser avec des capteurs, programmer un bot

Mora étudie à l'Escuela ESEA en Danza N° 2 « Jorge Donn », à Villa Luro, où l'on suit, en plus du cursus secondaire, des filières de folklore et tango, et de danse classique et contemporaine. Elle et ses camarades sont en classique et contemporain. Dans le cursus secondaire, elles ont un cours de technologie : « on a décidé de faire ce projet technologique en le combinant avec la danse », raconte-t-elle.

Le résultat est un icosaèdre, monté avec l'aide du professeur d'arts plastiques, équipé de capteurs que les élèves ont installés avec la professeure de technologie. Cette année, elles y ont ajouté des lumières. « C'est quelque chose que d'autres classes faisaient déjà, et cette année c'était notre tour, on a ajouté la lumière et tout ça, et chaque année on rajoute quelque chose de nouveau », explique-t-elle. Ce qu'elles ont apporté au festival n'est qu'un échantillon : à l'école, elles ont un icosaèdre plus grand qui raconte une histoire avec des sons de la nature.

L'icosaèdre de l'école Jorge Donn, en vidéo et sur l'écran de programmation.

Catalina est en troisième année à l'école Cortázar et est venue avec le Julio Bot, un assistant du site web de l'école qui répond aux questions pratiques. « Le secrétariat est souvent débordé parce que beaucoup de familles posent plein de questions tous les jours », explique-t-elle. « Souvent les mêmes », complète une camarade en riant. Le projet a été lancé par les professeures, puis les élèves s'y sont jointes pour l'étendre et le perfectionner. « Pour l'instant, ça marche très bien », dit Catalina.

Autre marque de cette édition : le nombre de projets consacrés à l'anxiété infantile. L'un d'eux est Milo, une peluche pensée pour l'école maternelle qui fonctionne comme un feu tricolore : quand il y a trop de bruit dans la classe, elle passe au rouge.

En chemin, elles ont appris à travailler avec « une intelligence artificielle, mais à laquelle c'est toi qui fournis l'information ». Et ça a ouvert une discussion sur l'usage de l'IA à l'école. En général, au lycée, ont dit les filles, on utilise l'intelligence artificielle pour les devoirs, mais ce n'est pas dans le programme pédagogique : c'est quelque chose que les élèves font dans la pratique. « C'est bien qu'on puisse l'apprendre, parce qu'on commence à se débrouiller avec quelque chose qui se passe vraiment, et qui se passe un peu en douce, et c'est beaucoup mieux que ce soit assumé et qu'on sache bien s'en servir ».

D'une école à un hangar

Chicas en Tecnología fête ses onze ans. L'association est née en 2015, à l'initiative de quatre fondatrices venues d'horizons différents et qui, selon Noelia Vega, n'étaient pas spécialistes de la technologie. Son objectif, depuis, est de réduire l'écart entre les genres dans le secteur. Le premier programme s'appelait Programando un Mundo Mejor (ce qui deviendrait ensuite PUMM) : « Aujourd'hui, c'est devenu un festival, mais il y a 11 ans, c'était un hackathon dans une école », se souvient Vega. Cette première édition était prévue pour 30 ou 40 filles.

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L'idée de fond, c'est que la technologie n'est pas l'apanage des profils techniques. « Nous sommes tous médiés par la technologie, nous l'utilisons en permanence, et nous défendons un usage conscient et aussi critique de la technologie », dit-elle. Comme exemple, Vega cite une jeune femme de 20 ans qui a créé un test d'orientation qui, grâce à un algorithme d'intelligence artificielle, indique où étudier chaque filière, en payant ou gratuitement, en formation courte ou longue. « Elle l'a peut-être créé en quatre semaines et perfectionné en six heures », dit-elle.

Le mot d'ordre de cette édition était d'activer le « mode créatrice » : faire, pas seulement regarder. Il y a eu des labs de création, des conférences de filles pour les filles et des ateliers où des spécialistes ont apporté des idées pour repérer un problème, construire un outil et le lancer. Certaines ont écrit leur première ligne de code et d'autres ont fini la journée avec un robot monté de leurs propres mains. Les expériences immersives ont rassemblé plus de 15 défis proposés par des organisations, des universités et des entreprises, et des robots parcouraient les lieux en saluant les participantes.

Une participante essaie un casque de réalité virtuelle lors d'une des expériences immersives.

Parmi les animatrices figuraient deux étudiantes en génie informatique. « PUMM peut être un super point de départ pour beaucoup de filles, qui ont peut-être découvert quelque chose qui va les intéresser toute leur vie. Moi, j'aurais adoré avoir un projet comme ça quand j'ai commencé, lever mes doutes et repartir avec un projet concret », a dit Valen Werle, streameuse et étudiante en fin de cursus. « C'est hyper inspirant de voir des filles s'impliquer dans des choses qu'elles trouvent injustes et chercher la technologie pour les résoudre », a ajouté Valentina Francesch, elle aussi membre de la Communauté CET.

Deux sur dix

Le festival cible la tranche des 13-23 ans parce que c'est le moment où les vocations se dessinent généralement. Et l'écart qu'il cherche à réduire se chiffre. L'enquête Paridad en Código, réalisée par CET auprès de 50 entreprises technologiques argentines, montre que les femmes représentent 36 % de leurs effectifs, concentrées dans des domaines comme l'administration, les ressources humaines, le design et la gestion de projet. Leur présence diminue dans les postes de développement et de data, et encore plus dans le leadership technique : seulement 20 % des postes de direction sont occupés par des femmes.

L'étude relève d'autres contrastes. 76 % des travailleuses ont une formation universitaire ou de troisième cycle, contre 54 % des hommes. Et neuf entreprises sur dix estiment qu'il n'y a pas d'inégalité salariale entre les genres dans leur organisation, alors que les estimations externes situent l'écart entre 17 % et 20 %.

Leur présence diminue dans les postes de développement et de data, et encore plus dans le leadership technique : seulement 20 % des postes de direction sont occupés par des femmes.

« Notre grand défi, ce sont les postes de direction dans la tech », dit Vega. Pour elle, l'enjeu n'est pas seulement professionnel : il porte aussi sur la technologie qu'on produit. Elle rappelle que pendant longtemps les assistants vocaux avaient des voix féminines et que, avec l'arrivée de l'intelligence artificielle, on a commencé à entendre des voix masculines. Et elle propose un test : demander à une IA de montrer une personne qui dirige et une personne qui élève un enfant. « Elle montrera sûrement un rôle masculin dans un cas et un rôle féminin dans l'autre. Ce n'est pas un hasard, ça vient des biais structurels que nous traînons depuis des siècles ».

Les animatrices du festival discutent sur scène.

Apprendre à relancer la question

Le « c'est de l'IA ? » entendu après la vidéo de Lali n'est pas une anecdote anodine. C'est exactement le genre de question que CET veut entraîner. L'organisation ne propose pas d'embrasser la technologie sans réserve, ni de la rejeter, et aujourd'hui l'accent est mis sur l'intelligence artificielle : son usage en classe, mais aussi ce qui se passe dehors, où apparaissent des usages que les adultes croyaient impossibles et qui, selon Vega, « surviennent soudain et deviennent des délits ». C'est pourquoi elles travaillent avec les enseignants, les familles et leur propre communauté pour donner des outils face à ces situations. Au festival, une affiche proposée par Amnesty International invitait les participantes à écrire ce qu'il faudrait pour un internet plus sûr.

Le rapport à la technologie a lui aussi changé de forme. Sur place, il y avait un robot de compagnie et un robot humanoïde, et Vega y voit un symptôme : « Tout à coup, c'est un chien, un robot de compagnie dont on prend soin, qu'on fait bouger, qu'on sort promener ». Si dans son enfance c'était le Tamagotchi, dit-elle, aujourd'hui ces objets font partie du jeu et de la vie sociale des filles. Aux adultes de les accompagner, de faire attention à ce qu'ils disent et aussi d'apprendre d'elles, « parce qu'elles en ont beaucoup plus dans le ventre que nous ».

Pour Vega, cela dit, l'adolescence change moins qu'on ne le croit : « Ce que je vivais à 14 ans, c'est ce qu'elles vivent ». Ce qui change, c'est l'endroit où elles cherchent des réponses. « Elles demandent tout à l'intelligence artificielle. Bon, comment faire pour que la question soit critique, pour qu'on puisse aussi lire la réponse avec un regard critique et apprendre à relancer la question ? ». À l'heure où l'IA gagne du terrain, dit-elle, le pari est que l'intelligence humaine « puisse elle aussi se faire une place sur le terrain ».

La suite

PUMM est la partie la plus visible d'un travail qui dure toute l'année. CET propose des programmes de formation en intelligence artificielle, cybersécurité, robotique, données et programmation assistée par IA ; des ateliers que les filles de la communauté CET animent dans les écoles, et un camp virtuel d'intelligence artificielle qui réunit des participantes de toute l'Amérique latine. L'organisation mène aussi des recherches et organise des rencontres pour faire émerger davantage de modèles et pour que de nouvelles participantes rejoignent le collectif, parce que, comme le dit Vega, « ce chemin, elles n'ont aucune raison de le parcourir seules ». Côté entreprises, l'objectif est qu'elles mettent en place des politiques permettant aux femmes de travailler dans la tech dans de bonnes conditions : « Que nos idées soient écoutées, que nos développements soient mis en œuvre. »

Les tables de travail.

La suite, ce sont des mentorats entre pairs, où des filles de 14 à 23 ans pourront s'épauler mutuellement dans leurs projets et dans leurs questions sur quoi étudier ou quoi faire l'année prochaine. Il y aura aussi une nouvelle édition du camp d'intelligence artificielle et « un programme de leadership qui est une tuerie », dit Vega, ouvert à celles qui veulent animer des communautés. Mais, au-delà des propositions concrètes, « Chicas en Tecnología est un lieu pour explorer ».

Le festival a été organisé avec la Fundación Cimientos et Enseñá por Argentina, dans le cadre du projet « Renforcer le parcours en STEM des jeunes femmes d'Argentine », cofinancé par l'Union européenne. Écoles, universités, organisations sociales et entreprises y ont participé en tant que partenaires. Mais ce qui sautait aux yeux à Art Media, c'était autre chose : une bibliothèque pensée pour celles qui travaillent et s'occupent de leurs petits frères et sœurs, un robot en peluche qui apprend à respirer et à calmer l'anxiété, un bot qui allège les démarches administratives d'une école. Et la bonne nouvelle, c'est que les prochaines créatrices de technologie de la région planchent déjà sur de nouveaux projets

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